Je l'admets, je suis un peu tête en l'air. Heureusement, ma distraction est sélective. Je rate plus souvent mes séances chez le dentiste que mes dîners avec George Clooney, par exemple. De même, je ne me souviens jamais de quel jour on est. Sauf le samedi, le dimanche et le 20 Novembre (c'est mon anniversaire, le 20 Novembre, ça me fait un moyen mémotechnique). Le 24 décembre non plus, je n'oublie pas, parce que, sinon, ça me ferait très peur de voir ce bataillon de bonshommes rouges et blancs qui viennent se suicider en se pendant à toutes les fenêtres.
Qu'est-ce que j'oublie déjà ?
Ma grand-mère me trouve attendrissante. C'est vrai que la tête en l'air vous donne un côté charmant : « Sapristi, qu'ai-je fait de mes lunettes ? – Tu les as sur le nez, ah, ah, c'est charmant. » Enfin pas toujours. C'est vrai que côté drague faut voir..
Dans la version « Sapristi, ai-je bien fermé le gaz ? Non, pouf la cuisine » , les pompiers n'évoquent jamais mon irrésistible séduction. Prudents, Maman & Papa ont donc acheté un four électrique. Dans lequel j'oublie qu'il y a un truc qui cuit (là, comme moyen mémotechnique, j'ai la fumée noire). Ainsi, ma tête en l'air se révèle plus ou moins dérangeante selon les circonstances. Quand, debout devant le frigo, je m'interroge sur les raisons de ma présence ici, ce n'est pas très grave : je mange la moitié des olives et je repars. (J'étais là pour déguster un yaourt 0 %, car je suis au régime, j'avais oublié.) En revanche, quand je déboule furieuse dans le bureau de mon père, ça m'embarrasse de ne pas retrouver mon idée. (A vrai dire, y avait pas vraiment d'idée; j'étais là pour faire la pause).
Être étourdie, faut avoir les moyens.
Si elle s'emballe, ma tête en l'air peut me coûter cher. Je pense à lundi dernier, où j'avais un rendez-vous important. Je claque ma porte en laissant mon sac à l'intérieur (et les clés, et la carte de bus avec). Je décide de m'en occuper au retour, je prends le bus. Comme j'ai oublié mes tickets et mon porte-monnaie, je prends une amende, comme j'ai oublié le chéquier, je prends une remontrance. ( Après,si j'ai pas de carnet de chèques, c'est normal que j'oublie, non?? ). Là j'ai oublié ma retenue et je prends un séjour au commissariat. Ça tombe bien, c'est là que j'avais rendez-vous (j'avais perdu mes papiers la veille). La vie, sympa, se charge de rétablir mes errements.
Sauf en matière de gaffe où, comme tout le monde, je n'ai pas intérêt à viser le rétablissement acrobatique. Car la tête en l'air encourage les gaffes. Quand je demande innocemment à une copine à ma mère : « Comment va Eric ? », elle a tendance à me répondre : « On a divorcé en mars dernier, je t'en avais parlé. » Soucieuse de me rattraper, j'enchaîne : « Au moins, dans ces circonstances, on se plonge dans le boulot, ça permet d'évoluer », elle corrige : « C'était mon patron, il m'a licenciée, je t'en avais parlé aussi. » À ce stade, navrée, je préfère m'excuser, « Aaah, pardon, je dois te confondre avec Helen. » « Mais c'est Helen! ». En même temps j'peux pas reconnaître toutes les voix non plus.
En effet, le défaut des distraites est d'oublier d'écouter les gens quand ils parlent. Les gens le prennent très mal, les gens sont susceptibles. Ils ne supportent pas qu'on entende plutôt notre voix intérieure qui, soit dit en passant, est très bavarde. Déjà, à l'école, quand ma maîtresse m'interrogeait sur ce qu'elle venait d'expliquer, elle se vexait ( « Ça parlait de Bambi, Oui-Oui et les sept nains ? Non ? Ah, c'est pas vous que j'écoutais, alors. » ). Les têtes en l'air, on les reconnaissait au bonnet d'âne posé dessus. Aujourd'hui encore, ma voix intérieure me fait régulièrement la conversation et, à cause d'elle, j'ai la tête en l'air. C'est toujours mieux que pleine d'air.
SEX BOMB
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